La pression de l’enfant parfait

Un texte de notre collaboratrice Solange

Lorsque vient le temps de devenir parent, on perd totalement nos repères. Bien que l’on se soit préparé de toutes les façons possibles, que l’ont ait lu tous les livres sur la maternité, l’enfance, la psychologie de l’enfance, les étapes du développement du nourrisson, rien ne viendra à bout de nos doutes.

Avec un premier bébé viennent d’innombrables questions et inquiétudes, d’incroyables remises en doute et anxiétés.

Bébé doit peser tel poids et mesurer tant de centimètres à tel âge, sinon il n’est pas normal.

Mini doit boire tant de millilitres par jour sinon il n’est pas sain.

Si bébé ne parle pas à un an, il n’est pas dans la “norme”.

Si bébé ne marche pas en fêtant son premier anniversaire, il a forcément un retard moteur.

Si notre petit ne fait pas ses nuits à 6 ans, il doit être brisé, avoir un trouble quelconque ou avoir des parents incompétents qui n’ont pas fait ce qu’il fallait pour mettre en place une routine du sommeil adéquate.

Ce fameux enfant parfait, qui fait ses nuits à 1 mois, boit avec appétit, mange sans rechigner, est aussi bien dans les bras de maman et de papa que dans son indépendance, qui a une dextérité fine pleinement développée, qui fait de belles siestes et se réveille de bonne humeur, qui aime se promener en voiture et en poussette, aime la viande et les légumineuses, ne lève le nez sur aucun légume, babille à qui mieux mieux en se soulevant sur les meubles à 7 mois, sourit à tous ceux qu’il croise mais n’est pas “trop” sociable (on ne voudrait pas que monsieur madame tout le monde puisse kidnapper mini sans un son), n’existe pas.

Ce fameux “bébé facile”, il ne l’est pas. Chaque bébé a son rythme, chaque bébé se développe comme bon lui semble et sauf dans certains cas drastiques ou bébé manque cruellement de stimulation, aucun parent n’est un mauvais parent parce qu’à 18 mois bébé ne formule pas des phrases. Aucun parent n’est à blâmer parce que mini garçon ne marche pas en pleine confiance et aucun parent n’est responsable si monsieur nourrisson n’est pas l’être le plus sociable et souriant qui soit.

Mes enfants ont marché à 11 mois. À l’aube de leurs deux ans, les deux ne disaient qu’une dizaine de mots. Au premier bébé, en partie à cause de l’inquiétude de papa, je me suis inquiétée. Certains autres bébés de notre entourage, et du même âge, parlaient très bien eux… Vers 2 ans et demi, mon petit bilingue s’était mis à formuler des phrases. Il s’est mis à décrire tout ce qu’il voyait et il a réussit à m’apprendre des mots et des temps de verbe que je n’ai maîtrisé qu’au secondaire (c’est papa l’anglophone ici). Maintenant, aux yeux de tous, il n’a aucun retard, ni sur le plan moteur ni sur le plan intellectuel.

Il va donc de soi que lorsque les gens ont remis en doute les acquis langagiers de ma fille vers ses 18 mois, je n’ai pas sourcillé. Je savais, moi. Comme de fait, à 2 ans et 3 mois, elle débloque de façon remarquable. Non seulement elle sait reconnaître toutes les lettres de l’alphabet, mais elle connait également ses chiffres de 1 à 10 et commence à former de belles phrases.

Bien entendu, il faut rester à l’affût de quelque trouble que ce soit. Se mettre la tête dans le sable et se murer dans notre certitude que parce que c’est notre enfant, que selon nous il est parfait à tous les égards, n’est pas plus intelligent ni aidant, mais faites-vous confiance. Faites confiance à votre progéniture. Ne misez pas tout sur le Mieux-Vivre. Acquiescer lorsque vous recevez les conseils d’une autre époque de matante Jacqueline ou du voisin un peu trop encombrant. Écoutez votre instinct maternel, votre feeling, les signes de votre enfant. Ne paniquez pas à la moindre encoche dans cette fameuse “normitude”, qui n’est là qu’à titre de barèmes. Ne doutez pas de vous, en tant que parent, ni de votre enfant, en tant qu’être à part entière.

P.s. Je précise par contre que les études et recommandations sur certains sujets ne sont pas incluses dans ce fameux instinct. Sans avis médical, l’âge d’insertion du lait de vache, des aliments solides, du miel, des médicaments, etc. ne devraient pas être joués à la roulette russe. Les normes de sécurité quant au cododo ou au portage devraient également être prises en compte, tout comme les recommandations par rapport à la DME (diversification menée par l’enfant).

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