#MoiAussi : 5 victimes brisent le silence

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J’ai mis du temps à me rendre compte de l’ampleur du mouvement #MoiAussi. Cette semaine, ça a vraiment pris beaucoup de place dans l’actualité, ayant permis à des victimes de s’exprimer et à des agresseurs d’être dénoncés. Au fil des jours, je me suis rendue compte que de plus en plus de gens de mon entourage avaient commencé à briser l’isolement sur leurs pages Facebook. Des amis, des lecteurs du blogue, mes collaboratrices. Tout autant de coeurs brisés par des actes sans consentement. Je me suis aperçue de ceci: les victimes ont souvent tendance à banaliser les événements au fil du temps, ou même à se sentir coupables et honteuse de ce qui leur est arrivé. Rare sont celles qui dénoncent, soit par peur d’être jugées, mais aussi devant l’intensité des procédures judiciaires qui les attendent si elles osent poursuivre leur agresseur.

Voici cinq témoignages de femmes de mon entourage :

«J’avais vingt ans, toi,  la soixantaine. On était des collègues, tous les deux sur le quart de nuit dans la même résidence. Petit établissement avec douze clients qui dormaient. Le quart de nuit ne comptait que deux intervenants, toi et moi. Tu étais un homme toujours de bonne humeur, toujours gentil. T’avais une femme et des enfants. Je n’ai rien vu venir. Une nuit, tu as traversé de mon côté de la résidence, j’étais dans le corridor en train de laver le plancher. Tu t’es approché, je ne me souviens plus si tu m’as dit quelque chose. Tu as commencé à m’embrasser sur la bouche sans avertissement, j’ai figé. Je ne me souviens plus de quelle façon je t’ai repoussé par la suite. Je sais juste que tu es retourné à ton poste de travail, et moi j’ai fini ma nuit terrorisée. J’ai réalisé qu’il n’y avait que nous et une clientèle ayant une déficience intellectuelle qui dormait. J’étais vulnérable. Il n’y avait sur place personne apte à freiner tes ardeurs ou à intervenir pour m’aider. Le lendemain, tu racontais un mensonge à la secrétaire du service pour qu’elle te donne mon numéro de téléphone. Tu m’as téléphoné, tout heureux. Je t’ai dit que je n’avais vraiment pas aimé ce qui s’était passé. Tu t’es excusé. Après ce jour, j’ai redouté tous mes quarts de travail.  Je dormais mal, j’angoissais jusqu’à ce que j’arrive au travail et si je ne travaillais pas avec toi, j’étais soulagée. Mais j’y pensais toujours. Quand je travaillais avec toi, c’était horrible, j’avais peur. Je ne savais pas si tu allais recommencer ou même faire pire. J’ai vécu dans l’angoisse jusqu’à ce que tu prennes ta retraite. Pourtant, il ne s’est pas passé grand chose…  Mais tu as franchi une limite à ne pas franchir, tu as violé mon consentement et ce fut suffisant pour que je passe deux ans au travail dans la peur, à m’imaginer ce que tu pourrais faire». 

-Une collaboratrice

«J’avais 18 ans. C’était mon meilleur ami et le meilleur ami de mon copain du moment. Dans une soirée, j’ai trop bu et je suis sortie prendre l’air parce que j’avais mal au cœur. Il est venu avec moi pour ne pas me laisser seule. D’abord on s’est mis sur une chaîne de trottoir dans la rue et il a dit vouloir voir mes seins, j’ai refusé mais il a baissé mon chandail de force. Ensuite, nous sommes allés dans un parc ou je me suis mise à vomir. Tout ce dont je me souviens ensuite, c’est de remonter mes pantalons. Je n’ai jamais su ce qu’il avait fait, c’est le black out total. Mon copain l’avait excusé en disant qu’il était toujours un peu déviant lorsqu’il était saoul et mon ‘meilleur ami’ a prétendu que j’étais consentante. J’étais en train de vomir… C’est resté mon ami parce que j’en suis venue à croire que je l’avais vraiment désiré ou que ce n’était en fait pas si majeur».

-Une collaboratrice

«Cela s’est passé en 2008, je venais à peine de devenir majeure et j’ai commencé un nouveau travail. J’étais à la charcuterie d’une toute petite épicerie, tout notre “stock” était gardé dans les frigos de la boucherie. Pour nos “closes”, nous devions laver notre matériel dans le département de la boucherie. Un boucher me trouvait de son goût, moi j’étais pas très intéressée… J’avais 18 ans, je n’avais jamais eu de relation sérieuse, donc ça me faisait juste bizarre qu’à chaque fois que j’allais chercher des aliments dans le frigo de la boucherie, il rentrait dans ma bulle en me disant qu’il aimerait ça “me faire des choses”, que j’avais une belle bouche, etc. Étant super mal à l’aise, j’étais pas capable de lui répondre. Je suis retournée dans mon département sans rien dire … 

Un soir, pendant un “close”, je devais aller laver mes appareils de coupage dans la boucherie. C’était lui qui était là, je me suis rendue au lavabo, il s’est mis derrière moi et il a collé son bassin contre mes fesses. Je sentais qu’il était excité, il me disait que je l’excitais et qu’il aimerait me faire des choses. Il disait aussi que c’était certain que j’allais aimer ça. J’ai fait un petit rire gêné et je suis retournée dans mon département. J’en ai parlé à ma collègue qui est tout de suite allée voir le gérant du magasin, qui a donné un simple avertissement au boucher. 

Je me sentais tellement mal, je me disais que je ne lui avais jamais dis d’arrêter, j’avais peur et c’était un mélange d’émotions pas le fun. J’ai démissionné pas longtemps après cette histoire, et j’ai revu ce gars par hasard à un moment donné. J’ai pas du tout “feelé” … Après toutes ces années, je me demande encore si c’était réellement de ma faute.. Si j’aurais dû lui dire non ».

-Une lectrice du blogue

« J’avais 18 ans. Je me rappelle tourner en rond dans mon salon avec une bouteille d’alcool à la main, parce que j’étais morte d’ennui. C’est en regardant les réseaux sociaux que j’ai vu qu’il y avait un gros party et certains de mes amis y étaient. J’ai donc décidé d’y aller. Je ne me rappelle que des premiers instants de cette soirée. Je dansais avec mes amis et nous partagions une bouteille d’alcool, et puis, une grosse erreur! J’ai déposé la bouteille pendant seulement quelques instants. Après ça, black-out total. Je me suis réveillée, le lendemain matin, sur un divan que je ne connaissais pas, dans une pièce qui me disait vaguement quelque chose, avec ma petite culotte à côté de moi. Malgré l’absence de souvenir, je savais. J’avais mal et je saignais. Il m’a fallu beaucoup de temps avant de comprendre que je ne méritais pas ce qui m’est arrivé, pour comprendre que, malgré mon imprudence, ces choses ne devraient jamais arriver.

Je vis avec ce souvenir qui n’en est pas un. L’agresseur, lui, court toujours…»

-Notre collaboratrice Jeanne

«Il y a quelques mois, on a brisé quelque chose en moi. En un instant, j’ai perdu mon droit de dire non. Je suis venue chez toi, on a parlé. J’ai décidé cette journée-là de t’exprimer mes intentions précisément : prendre une bière, sans plus. Je ne voulais pas qu’il y ait de mal entendu, que tu interprètes mal la situation et tu m’as dit comprendre et vouloir respecter ma volonté. J’étais contente, car je nous sentais sur la même longueur d’onde. Jusqu’au moment où on a eu du plaisir à jaser, à se connaître. On riait beaucoup et tu l’as pris comme une complicité. Puis tu m’as embrassée. Sur le coup, je t’ai repoussé. Je t’ai rappelé mes intentions et tu t’es excusé. Tu comprenais et la situation était claire. À un moment, tu m’as regardée avec une drôle d’expression. Ton regard m’a rendue craintive et tu l’as vite compris. Malheureusement, cette fois-ci, ça t’a amusé. J’ai voulu partir mais tu as ris. Tu m’as prise par le bras et j’ai figé. J’ai figé de peur. Je tremblais mais toi, tu riais. Tu m’as prise par la gorge et amenée à ta chambre. À ce moment, j’ai eu envie de crier, de crier si fort pour qu’on m’entende, mais… on est passé devant cette porte. La porte de chambre de ce petit être de 3 ans. J’ai recommencé à figer, car la pensée que ton fils sorte de sa chambre me terrifiait. Traumatiser un enfant si jeune… Alors je me suis tue. Lorsque tu as baissé mon pantalon, je t’ai regardé dans les yeux et je t’ai supplié. Mais me voir souffrir était trop drôle pour que tu arrêtes. Tu as donc fini de te vider et m’a demandé de partir. Avant de quitter je t’ai posé, les larmes aux yeux, une simple question : pourquoi? Mais bien sûr, c’était de ma faute car j’étais trop attirante.. par ma faute, tu as perdu le contrôle. Alors, je suis désolée que tu n’aies pas eu le choix de me violer. Mais maintenant j’ai l’impression qu’une partie de moi est brisée à jamais».

-Une lectrice du blogue

Je suis consciente que cette lecture secoue des émotions. Tous les actes non-consentis sont graves. Sans oui, c’est non. Les cinq témoignages que vous venez de lire proviennent de filles d’ici, qui ont entre 18 et 30 ans. Ça aurait pu être moi. Ça aurait pu être vous, peut-être même vous reconnaissez-vous à travers l’une d’elles. Qu’est-ce que toutes ces victimes ont en commun? Elles vivent dans le silence et n’ont jamais poursuivi leur agresseur. C’est grave, ensemble luttons pour faire valoir l’importance du consentement sexuel.

Si vous avez envie de parler, #JeSuisLà, et je vous invite également à ne pas rester seuls avec votre douleur. Si vous avez besoin de dénoncer, des moyens sont mis à votre dispositon, notamment la ligne téléphonique du SPVM au 514 280-2079.

Je vous invite également à partager ce texte si vous croyez qu’il peut aider quelqu’un dans votre entourage.

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