Lettre à mes bébés, à l’aube de mon retour au travail

Un texte de Frédérique Lavoie-Roy

Jamais j’aurais cru que de me battre trente minutes pour vous habiller me manquerait à ce point. Que vos p’tites chicanes pour mes bras, le lançage de nourritures par terre pis vos p’tits nez plein de morve seraient maintenant tellement encrés dans mon quotidien que j’aurais du mal à les quitter. Comme si ça faisait maintenant partie de moi. Parce que ces p’tits côtés un peu moins glamours de la maternité côtoient si bien le reste. Les bisous, les câlins, les exploits, votre complicité. La première fois que Jules a fait « bye » de sa petite main, un « bye » un peu mou, mais bien assumé. La première fois qu’Elliot a épelé son prénom seul. La fierté qui s’en est suivie, autant pour moi que pour lui. Nos sorties à trois pour pique-niquer et faire semblant de manger de la crème glacée au parc. Nos journées à nous apprivoiser, découvrir nos personnalités et parfois, avouons-le, se taper sur les nerfs, m’ont tellement fait évoluer que de retourner travailler ne sera pas chose aisée.

 

Je me suis habituée à être aux premières loges de leurs deux p’tites vies. Demain, je recommencerai officiellement à travailler, pis j’ai peur de tout manquer. J’ai peur que la vie recommence à aller trop vite. J’étais bien dans son rythme actuel, le rythme que mes bébés nous avaient imposé. J’ai peur de manquer les premiers pas de Jules, peur qu’Elliot se réveille un bon matin et qu’il soit rendu trop grand pour ma dose quotidienne de câlins. Rationnellement parlant, je sais un peu ce qui m’attend, je veux dire, c’est quand même mon deuxième bébé ! Je le sais que je vais être encore plus contente de les retrouver le soir venu, que je vais apprécier encore plus nos matinées de fin de semaine à lambiner en pyjama pis que je vais m’émerveiller encore plus de les voir grandir. Je le sais que le chaos qu’apporte deux enfants en bas âge qui conspirent toujours simultanément pour qu’un ait une soudaine envie de caca pendant que l’autre ne se peut plus d’avoir soif va finir par moins me manquer. Je sais aussi pertinemment que de retrouver un semblant de vie sociale après une année entière à parler de super-héros et de dinosaures me fera le plus grand bien.

 

Malgré que ma tête sache tout ça, mon cœur devra tranquillement s’en remettre. Il devra s’habituer à ce que mes garçons grandissent par eux-mêmes, que je ne serai plus leur enseignante privée et que je n’assisterai plus à certaines parcelles de leurs petites vies. On dit que le temps fera son œuvre et bien je l’espère parce que je suis déjà bien nostalgique de ce qui n’est pas encore terminé.

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