Je suis maman expatriée

Un texte de Marianne Laurin

Être un parent expat ça veut dire quoi?

À première vue, notre quotidien ressemble à celui de n’importe quel parent, mais dans les faits, notre vie de famille est un peu différente; c’est que nous sommes des parents expatriés. Mon époux est chercheur, ce qui implique des possibilités d’emploi à travers le monde. À notre grand bonheur, nous avons vécu cinq ans en Australie avant de déménager en Suisse. Ma fille est née dans l’hémisphère sud, ce qui me rassure, car je me dis que ce lien de sang me rattache d’une certaine façon à cet endroit du monde où je me sens toujours chez moi malgré notre départ. Être un parent expat c’est donc ça, devoir s’adapter constamment à son environnement et vivre de grandes joies ainsi que de petits deuils au quotidien. Ce qui est plus difficile ce sont évidemment les grands déplacements, comme les déménagements à l’étranger (l’horreur!) et les proches qu’on aimerait voir venir nous rendre visite, mais qui ne viennent jamais.

Être un parent expat, c’est jongler avec des situations complexes (visa, assurances, service de garde, ‘’clash” des cultures, etc.) qui obligent à s’organiser à l’extrême et à cultiver l’art de la débrouillardise; vive le système D. Mais voilà, ce à quoi ressemble notre vie aujourd’hui; de riches découvertes, des possibilités à l’infini, et beaucoup de défis!

Une vie de déplacements

On me demande souvent comment nous faisons pour voyager autant. Il faut dire que notre mode de vie nous amène à voyager plus que la moyenne. Mariage d’un proche au Maroc, vacances de Noël chez grand-maman au Canada, voyage d’affaires à Bangkok; notre année est souvent réglée au rythme de nos déplacements. J’adore voyager et c’est à mon avis l’aspect le plus intéressant de la vie d’expatrié. En 2017, nous avons eu un trou de 5 mois entre deux contrats de travail. Ce vide d’obligations s’est présenté comme une opportunité en or et nous en avons profité pour faire un voyage exceptionnel de 5 mois avec notre fille d’un an et demi. Nous avons tout vendu et nous sommes partis pour l’Asie avec deux sacs à dos et un bébé.

Être dans la marge

Être un parent expat, ça implique que nous vivons un peu en marge de la société. Employés sous contrat de 3, 4, ans, nous ne pouvons généralement pas bénéficier des avantages sociaux; pas de subventions pour les garderies, pas de congé de maternité payé, tout dépend des pays où l’on habite. Il faut trouver les bonnes assurances maladie, se démerder pour comprendre au plus vite les systèmes de garderie dans un pays dont la culture nous est étrangère. On apprend très vite à se faire des amis, d’autres parents qui en savent plus que nous, souvent des expatriés qu’on perdra de vue éventuellement, car ils déménageront eux aussi.

Vivre loin de sa famille

Ma famille me manque beaucoup, surtout quand j’aurais besoin d’un petit coup de pouce, mais que l’aide ne tient qu’à notre système D. Amoureux et partenaires, nous sommes une fière équipe de deux; nous n’avons que l’un l’autre et donc il faut se tenir. Avec la famille, on communique par Skype et ça donne toujours à peu près ceci:

-Allo?
– Oui, je suis là maman!
-Allo oui? Je te vois pas. Allo t’es là? Tu m’entends-tu?
-Oui oui je t’entends
-Ah non merde ça a coupé! Bon ben je te rappelle!…

Autant de conversations entrecoupées par la mauvaise connexion internet ou le timing du jour qui ne marchent pas.

Shower de bébé, mariage, fêtes, on manque de grands évènements de la vie et chaque fois ça nous laisse un petit trou dans le coeur.

D’un autre côté, vivre à l’étranger nous force à faire le ménage. Les relations compliquées on les balaye. On a aussi de belles surprises, comme des amitiés qui se solidifient, des visiteurs inattendus qui nous font vraiment plaisir. Il ne nous reste plus que des vrais amis, c’est-à-dire ceux et celles qui se donnent beaucoup de mal pour nous offrir un tout petit moment de présence quand on est de passage pour seulement quelques jours. Il y a aussi ceux et celles qu’on appelle sans préavis et qui nous hébergent avec bonheur dans leur salon.

Pour nous, le choix de déménager en Europe a d’abord été motivé par le désir de se rapprocher de la famille au Canada. On est à seulement 6 h d’avion du Québec, contrairement à 36 h… c’est un plus.

Être plus qu’autonome

C’est très difficile de s’organiser sans famille avec un enfant. On apprend a être un parent plus qu’autonome c’est-à-dire que notre enfant nous suit comme un pot de colle tout le temps et partout. Les garderies sont trop chères? Bébé n’a qu’à venir travailler avec maman! Il faut continuellement redoubler de créativité. Ça dérange? Qu’à cela ne tienne, on n’a pas le choix!

Un enchevêtrement culturel

Bien que je me trouve en perpétuel questionnement quant à l’héritage culturel de ma fille, je suis aussi émerveillée par la richesse de notre quotidien. Ma fille est née en Australie, d’une maman québécoise. Dans deux ans, poulette commencera l’école en Suisse. Je voudrais que ma fille aime la neige plus que moi, mais qu’elle rêve de surf et de plage. On voudrait qu’elle garde un peu de tout, mais je sais qu’elle oubliera des morceaux de cultures, qu’elle choisira ce qui lui convient. Pour l’instant, elle parle un français québécois teinté de suisse roman et un anglais canado-australien. Ça donnera bien ce que ça donnera.

Un projet de vie

Pour l’instant, c’est ma carrière à moi qui est un peu mise de côté. Je suis maman à la maison à 90%. Il m’arrive d’être envieuse de mes copines québécoises « mamantrepreneures » et de chercher ma place dans cet arrangement. Avec chaque déménagement, c’est moi qui dois me réinventer dans un nouveau boulot, déchiffrer les non-dits, découvrir avec essais et erreurs les faux pas, m’adapter. Avec un peu de chance et de résilience, on arrive à s’y faire et parfois même à s’y plaire. Entre nous deux, je crois que c’est plus facile pour mon époux. Mais voilà, c’est un choix de vie.

Le monde n’est pas fait pour les gens qui changent de pays chaque trois ou quatre ans (système de retraite, assurance maladie, investissement, tout est compliqué!). Mais, nous avons une très grande flexibilité. Avec 6 semaines de vacances par année, on ne peut pas se plaindre. Ce mode de vie nous permet de passer beaucoup de temps en famille. Je suis très heureuse d’avoir autant de temps pour élever et voir grandir ma fille. Les occasionnelles visites de nos parents sont toujours du temps de grande qualité; ski dans les Alpes suisses ou petite semaine de voilier dans les Whitsundays avec grand-maman. Et puis, notre quotidien est souvent étonnant; observation des kangourous au crépuscule, nager avec un dauphin, déjeuner avec la vue des Alpes dans mon salon. Et dans nos temps libres, nos escapades ne sont jamais ordinaires. Avec chaque jour vient une nouvelle découverte et nous grandissons ensemble à travers ces aventures.

Bref, notre vie est très riche en expériences uniques et en rencontres exceptionnelles. On aura sans doute envie de se poser quelque part d’ici quelques années, mais en attendant, on se plait bien dans cette vie d’expats.

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3 réflexions au sujet de « Je suis maman expatriée »

  1. Wow ! Ton texte me rejoint tellement ! Nous avons vécu l’expérience d’expatriés de ’99 à 2001, en Asie (Hong Kong). J’en parle et j’en ai encore des frissons. Jeunes parents d’un garçon de 1 mois, ce fut tout une expérience ! En effet, on se sent loins de nos famille et amis… J’aurais tant aimé avoir Facebook et Skype, dans ce temps-là !

  2. Tres bien décrite la réalité de vie d’une famille d’expatriés Marianne! Je m’y reconnais totalement. La vie d’expat fait rêver beaucoup de gens mais on payé le prix très cher en échange de pouvoir voyager ; éloignement de la famille, des amis, manque de travail stable pour la femme, manque d’aide et des avantages sociaux, enquitude pour la retraite.. En revanche nous gagnions le courage, l’autonomie, nous devenons plus debrouillards, tolérant et intéressants 😉 Bon courage Marianne et profite au maximum de ce temps précis avec ta petite, ils grandissent tellement vite!

  3. Si, di uomini expat per amore ci sono, ma sono una minoranza. Io lavoro nel settore umanitario, dove si cambia sede regolarmente, e vedo colleghe con mariti o compagni al seguito che si occupano dei figli, ma per gli uomini sono scelte difficili da fare per una questione culturale. Io anche ci avevo provato, ma alla fine ho divorziato Lui non voleva seguirmi per tutta la vita in giro per il mondo, e io non avevo intenzione di rinunciare al mio lavoro (che manteneva entrambi). Servono uomini saggi per seguire le donne expat, che sono pronti a stare a casa e dipendere finanziariamente dalla moglie/compagna e occuparsi della casa e dei figli se non hanno un lavoro o non posso lavorare in quel determinato paese, ma che nonostante tutto non si sentono sminuiti perche” non ricoprono il loro ruolo tradizionale. Io piuttosto che cambiare carriera continuero” a cambiare partner finche” non trovero” quello giusto: chi mi ama mi segue, e se fosse un uomo a dirlo, nessuno se ne sorprenderebbe, ma i tempi stanno lentamente cambiando, io ci spero!

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